Chili : un premier pas vers une nouvelle Constitution

C’est un évènement démocratique particulier que va vivre le Chili le week-end prochain. Les 15 et 16 mai, les Chiliens sont appelés aux urnes. Ils désigneront notamment des maires, des conseillers municipaux et des gouverneurs.

Mais ce scrutin est aussi celui où seront élus les membres de l’Assemblée constituante qui aura pour mandat de rédiger la nouvelle constitution du pays.

Ce week-end, les Chiliens vont donc élire ceux qui auront pour mission d’écrire la nouvelle constitution. C’est le fruit de revendications portées de longue date par la population.

“De longue date, oui. J’oserais même dire que, depuis qu’elle s’est créée en 1980 en pleine dictature sous l’époque de Pinochet, cette même Constitution est restée en place une fois la démocratie de retour au Chili au début des années 1990. Et elle n’a cessé d’être remise en question par la société civile et par les différentes générations qui ont vécu sous l’ère de cette Constitution. Quand a débuté tout le mouvement social en 2019, qui avait été initié par la hausse du ticket de métro de 30 pesos, il est apparu tout de suite une logique qui s’est traduite en une phrase emblématique de ce mouvement social : ce ne sont pas les 30 pesos de la hausse du ticket, ce sont les 30 années de la Constitution au Chili.”

Tourner la page d’une Constitution ultralibérale cadenassée

Derrière cette future constitution, il y a aussi l’idée de mettre un terme à cette constitution de 1980, écrite sous la dictature militaire d’Augusto Pinochet.

“C’est réellement essayer de tourner la page. Paradoxalement, la Constitution se vend au Chili dans les différents kiosques à journaux. Les gens sont très informés sur la Constitution. Et paradoxalement, c’est une Constitution qui est complètement cadenassée quant à la possibilité la modifier. Ce processus de changement de Constitution ne date pas seulement de ces dernières années. Déjà en 2013, lors son second mandat, la présidente Michelle Bachelet avait initié tout un processus pour essayer de modifier les grandes lignes de cette Constitution. Donc c’est un thème qui est assez récurrent. Il fallait sûrement tout ce soulèvement social qui n’a pas été très facile. Il a été évidemment entouré de beaucoup de violences de la part des forces de l’ordre chiliennes, et freiné ensuite par la situation sanitaire de la pandémie. Donc c’est un processus qui a été très long à mettre en place.”

Cette constitution de 1980 consacrait totalement la vision néolibérale de l’économie et une approche conservatrice de la société.

“Tout à fait. La mise en place de cette Constitution a été largement appuyée par ce qu’on appelait à cette époque les Chicago boys. Ce sont toutes ces politiques néolibérales qui se sont traduites dans cette Constitution qui était assez unique pour l’époque et qui a été après très célébrée par Margaret Thatcher entre autres. Basiquement, elle prévoit un démantèlement du service public et une privatisation de tous les services et les biens communs d’une société et d’un peuple.”

Vers une Constitution paritaire et multiculturelle

Cette future nouvelle constitution est souhaitée par près de 8 Chiliens sur 10. Et elle devrait être réellement innovante.

“Elle a deux aspects très innovants. D’une part, la parité de ses constituants, une parité vraiment effective. C’était un désir de la population et de la société civile à vraiment intégrer un processus qui soit avec une parité exemplaire. C’est quelque chose à remarquer. Et d’autre part, le fait d’avoir une proportion de représentants issus des peuples autochtones chiliens à l’écriture de cette Constitution. C’est assez remarquable et presque inattendu. Parce que le Chili est l’un des très rares pays en Amérique latine, avec l’Uruguay je crois, à ne pas avoir de reconnaissance de ces peuples autochtones au sein de la Constitution. Donc ces deux aspects donnent un espace, non seulement innovant, mais aussi, souhaitons-le, porteur pour cette future Constitution qui se veut, si possible, multiculturelle et très ouverte sur la réalité du Chili actuel.”

Rodrigo Mundaca © Modatima

Rodrigo Mundaca, premier gouverneur issu des peuples autochtones ?

En dehors de cette constituante, le scrutin de ce week-end va aussi être l’occasion pour les Chiliens d’élire pour la première fois des gouverneurs de région. Et parmi les candidats, figure Rodrigo Mundaca, prix Danielle-Mitterrand 2019, dont l’un des grands combats est la question cruciale de l’accès à l’eau.

“Rodrigo Mundaca, depuis plusieurs années maintenant, est devenu une figure presque incontournable de la société civile au Chili et des différents mouvements sociaux. On le connaît à travers le mouvement qui s’appelle Modatima (Mouvement pour la défense de l’accès à l’eau, à la terre et la protection de l’environnement), qui lutte pour l’accès et le droit à l’eau au Chili entre autres. Lui-même viens d’une ville qui s’appelle Petorca, à qui est au nord de Santiago, et qui est un peu le symbole du vol par l’agro-industrie de l’avocat au Chili. C’est une zone qui vit en stress hydrique. Le Chili, depuis une dizaine d’années, vit une méga sécheresse. Donc dans des conditions déjà très compliquées de stress hydrique, cette méga industrie de l’avocat vient renforcer ce modèle qui est complètement à l’encontre des droits fondamentaux humains et de l’accès à l’eau. Rodrigo Munda, dans toute cette lutte, a préféré, non pas être dans la candidat en tant que représentant de la Constituante, mais plutôt en tant que gouverneur. Il faut savoir que ce rôle de gouverneur est une première au Chili. C’est un rôle politique qui ressemble à ce qu’on peut connaître en France comme les présidents de région. Et il devrait permettre, s’il est élu, de pouvoir insuffler un programme très innovant et très local pour faire avancer tout ce qui peut être en lien à l’environnement, au droit à l’eau, mais aussi à une participation démocratique intéressante à suivre.”

Pour aller plus loin :

Rodrigo Mundaca, prix Danielle Miterrand 2019, prône un autre rapport à la nature

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