France Libertés prône “un radicalisme utopique”

Le système capitaliste et consumériste est à bout de souffle. L’Humanité est en train de dépasser les limites de la Terre. Il est donc temps d’inventer d’autres formes de rapport au monde.

C’est le sens d’un texte que publiera prochainement France Libertés. La Fondation défend un “radicalisme utopique”.

  • Avec Jérémie Chomette, directeur de France Libertés

« Pour nous, il n’y a pas une seule solution, mais il y a une multitude de façons de penser, d’autres façons de faire société. On part du principe qu’il est fondamental de reprendre à la racine les problèmes et d’essayer de développer quelque chose d’autre. Aujourd’hui, on a par exemple l’écoféminisme qui est extrêmement intéressant. Cela croise des formes de dominations. A travers cette domination des hommes sur les femmes, celle du patriarcat ou de la domination des humains sur la nature, on voit comment on contre cela en recréant d’autres système. Il y a l’écoféminisme, le confédéralisme démocratique qu’on voit au Rojava, et la question des communs : comment on va essayer de créer des liens sociaux pour interagir et préserver nos relations dans la durée ? »

Les limites de la transition

« On ne peut plus passer par une délégation du pouvoir, où on va élire quelqu’un qui va diriger pour nous. Il s’agit de se dire, on va créer des lieux où on va pouvoir prendre des décisions entre humains, qui concernent les autres êtres vivants. C’est la seule possibilité de sortir de là où on en est. Ce qu’on dit, c’est exclure cette idée de transition qu’on entend partout. Souvent, quand on pense à transition, on pense écologie. On va remplacer le pétrole par des énergies renouvelables. En fait, les énergies renouvelables, dans la plupart des cas, on vient, notamment de manière industrielle, ponctionner la Terre. On vient chercher des minerais pour développer des énergies. Mais en fait on vient taper dans les limites que nous offre la planète. »

© France Libertés

La transition a ses travers. Vous pointez le fatalisme de certains, d’autres qui rejettent les responsabilités à plus tard, ou qui comptent sur la technologie qui va nous sauver… Que reste-t-il à opposer ?

« Il y a une forme de sagesse. On travaille beaucoup avec Hindou Ibrahim qui est une femme peule du Tchad qui dit, “la meilleure technologie aujourd’hui pour combattre le changement climatique, c’est ma grand-mère”. Il ne s’agit pas de glorifier le passé. Mais cela veut dire : on a des savoirs assez simples qui nous permettent de repenser notre monde et de beaucoup plus prendre soin de la planète. On le voit au travers des structures que l’on soutient, au Kurdistan de Syrie notamment, au Rojava. On a vu comment, quand les femmes qui s’étaient révoltées voulaient créer un autre monde, ont réutilisé des techniques de constructions anciennes. Ces constructions permettraient d’avoir une température beaucoup moins importante, et donc de ne pas utiliser de climatiseur. Il n’y a pas besoin toujours d’avoir une technologie qui va nous sauver. On peut revenir à des solutions qui existaient. Repenser notre conception du savoir est aussi très importante. »

Penser le monde autrement

C’est ce que vous appelez le radicalisme utopique ?

« On a repris l’idée de radical, puisqu’on disait toujours que Danielle Mitterrand était radicale. Mais c’était dans le sens premier du terme : reprendre à la racine les problèmes. Le climat est une conséquence de nos actions. Ce n’est pas une cause. Chercher à agir sur le climat nous semble problématique. Il faut agir sur les causes. Les causes, ce sont notre rapport à la nature, avec cette idée qu’il faut toujours consommer plus pour aller plus loin. Donc il y a cette idée de proposer des solutions qui prennent les problèmes à la racine. Et il y a l’idée d’utopie. Aujourd’hui, il nous semble fondamental de créer de nouveaux imaginaires, de penser le monde autrement. C’est important de repenser les utopies, de penser que l’on peut sortir de ce système capitaliste, productiviste, et imaginer d’autres mondes beaucoup agréables à vivre. »

© France Libertés

Des lueurs d’espoir

On le voit en France et dans le monde, il y a des crises sociales, démocratiques, environnementales. Cette année 2020 est année d’élections, aux Etats-Unis avec le présidentielle, en France avec les municipales. Vous voyez des lumières ? Des raisons de ne pas désespérer ?

« Oui. On est dans une époque qui est cruciale. 2020 démarre la décennie la plus importante de l’histoire de l’Humanité. C’est ce que dit le secrétaire général de l’Onu. On n’a même pas dix ans pour tout changer si on veut la survie d’une partie de l’Humanité et du vivant. Parfois, on pourrait être dans le désespoir. Mais on voit aussi qu’un basculement est complétement possible. On sent que, même sur le plan des élections, on a de plus en plus de listes citoyennes. On l’a vu avec les gilets jaunes, dont on pensait que c’était d’abord juste un mouvement de contestation. C’est, à la base de la contestation. Mais une partie des personnes cherche à reprendre le pouvoir de façon positive, à le partager. On peut très vite tourner vers quelque chose de beaucoup plus positif. On peut voir arriver au pouvoir des personnes qui détruirons un peu moins vite la planète et qui laisserons le temps, aux populations, aux associations, de se battre pour repenser ce monde. Il y a beaucoup de lueurs d’espoirs. On ne sait pas ce que le futur nous réserve. »

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